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Histoire

Depuis des millénaires, l’homme a toujours cultivé le lin pour sa fibre et ses graines. Des archéologues ont ainsi découvert les premières traces de fibres de lin datant de 36 000 ans av J.C. dans la région du Caucase, faisant du lin l’une des plus vieilles fibres textiles jamais utilisées.

Par la suite, la culture du lin se serait propagée dans toute l ‘Asie et jusqu’à l’Égypte puis en Europe. Les Égyptiens maitrisèrent rapidement cette plante qui fut un élément majeur de l’économie pharaonique. Ils appelaient la toile de lin « lumière de lune tissée » et attribuaient son invention à la déesse Isis dont les prêtres ne devaient porter que des robes de lin blanc, symbole de pureté. C’est également pour cette raison que les bandelettes servant à la momification étaient faites de cette matière.

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Tombe de Sennedjem, Deir el Medineh, Egypte

Vinrent ensuite les Phéniciens qui développèrent le commerce du lin grâce à leurs talents pour la navigation. Ils achetaient le lin en Égypte et l’exportaient ensuite vers la Grèce, l’Italie, puis l’Angleterre et la Bretagne. Le lin leur servait aussi à confectionner les cordages et les voiles pour leurs navires.

Plus tard, au passage de Jules César en Gaule, et notamment en Flandres, on dit qu’il s’exclama devant la beauté et la qualité des tissus que portaient particulièrement les druides.

En France, c’est Charlemagne au VIIIe siècle qui donna la vraie première impulsion à la culture et la transformation du lin en ordonnant qu’on le file à la Cour et que chaque foyer se procure l’outillage pour le travailler.

Vint ensuite en 1066, Guillaume le Conquérant, duc de Normandie qui entama la conquête de l’Angleterre après la bataille de Hastings. Sa femme, la reine Mathilde entreprit alors de raconter cette épopée au travers de la célèbre tapisserie de Bayeux, toile de lin de 70 m de long.

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Tapisserie de bayeux, Centre Guillaume le Conquérant, Bayeux

Le début du XIIIe siècle vit une grande avancée pour le lin avec l’invention par un tisserand originaire de Cambrai et portant le nom de Baptiste, d’un procédé de tissage qui permettait de réaliser une toile de lin beaucoup plus fine. On l’appela la baptise ou « toile des rois » ; elle s’exporta à travers l’Europe, participant à la renommée de ce tissu, décliné sous toutes ses formes.

Au XVIIe siècle, le roi Soleil, Louis XIV, féru de nouveautés et de mode, adopta rapidement la chemise de corps en lin qui se montre sous les vêtements. C’est de là que vient le mot linge et lingerie. Sous son règne, l’Edit de Nantes qui accordait le droit de culte aux Protestants est révoqué, entrainant la fuite de plus de 6000 denteliers et tisserands de cette religion.

La culture du lin est en constante évolution et, au XVIIIe siècle environ quatre millions d’ouvriers français vivent du lin et 300 000 hectares lui sont consacrés. Un hectare de lin donne 2 500 kilos d’anas (paille) et 625 kilos de fibre.

En 1801, le tisserand français Joseph-Marie Jacquard, inventa un mécanisme permettant de soulever les fils du métier à tisser automatiquement et construisit ainsi le métier à tisser Jacquard, perfectionné par la suite en 1806. Cette invention permit alors à l’ouvrier de manipuler seul et impulsa ainsi la révolution industrielle.

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Métier Jacquard, musée des Arts et Métiers, Paris

En 1817, Philippe de Girard déposa un brevet pour la première machine à filer le lin. Les petites productions de lin ne convinrent plus aux manufactures, les surfaces cultivées de lin chutèrent sensiblement, car le travail était difficile et pénible. L’utilisation intensive du coton au cours du XIXe siècle, l’arrivée des textiles synthétiques au XXe siècle et l’augmentation constante du coût de la main d’œuvre vont provoquer le déclin progressif du lin. Ni la mécanisation agricole, ni les nouvelles utilisations de la plante, ni le perfectionnement du teillage ne vont ramener le lin à sa prospérité d’antan.

Il faudra attendre l’entre-deux-guerres pour voir réapparaître le lin sur nos terres normandes. Les Belges, qui cultivaient déjà cette plante, décidèrent de venir s’implanter en Normandie, jugeant le climat idéal et la terre riche et fertile.
Aujourd’hui, la Normandie couvre 80% de la production nationale et la France est premier producteur mondial avec ses 65 000 hectares dédiés à la culture du lin et 75 000 tonnes de fibres de lin.

Si 90% du lin européen sont toujours destinés au marché textile (60% à l’habillement, 15% au linge de maison, 15% à l’ameublement et à l’art de vivre), 10% sont désormais dédiés aux débouchés techniques : l’éco-construction, l’isolation, l’industrie de l’automobile, les équipements de sport, la chirurgie et la santé, le nautisme, la papeterie…
Le tissu technique du lin dans le domaine de l’industrie, associé à des résines, est à l’origine de produits composites « haute performance », par exemple :

  • les encadrements de fenêtre pour la résistance et l’isolation,
  • les équipements de sports comme les casques de VTT et les raquettes de tennis pour l’absorption des vibrations
  • l’industrie automobile avec les rétroviseurs et les renforts de portes pour la légèreté et la rigidité,
  • l’écoconstruction avec les panneaux agglomérés, les laines d’isolation, les sous-couches sous parquets, les écrans de sous toitures pour les propriétés acoustiques et thermiques.
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Planche de surf en fibre de lin, Linéo, Saint Martin du Tilleul

L’aventure du lin est loin d’être terminée !